ACTUALITES STRASBOURG, 12 février 2019 (Youpost – Xinhua) — A 100 jours des élections européennes et en pleine crise diplomatique entre Paris et Rome, le Premier ministre italien Giuseppe Conte a été largement brocardé par les eurodéputés lors d’un long et âpre débat en session plénière, mardi, à Strasbourg, dans l’est de la France.
Dans un contexte européen tendu à l’approche du scrutin de mai, le chef de gouvernement italien Giuseppe Conte, à la tête d’une coalition alliant populistes (Mouvement 5 Étoiles de Luigi di Maio) et extrême droite (la Ligue de Matteo Salvini), s’est efforcé à Strasbourg de rassurer quant à l’attachement de Rome au projet européen. Sans véritable succès et au prix de vives critiques.
L’Europe est « à la croisée des chemins », a-t-il estimé en préambule de son discours devant les eurodéputés réunis en session plénière dans le cadre d’un cycle de débats sur l’avenir du Vieux continent. « C’est l’occasion ou jamais d’inverser le processus de désaffection entre dirigeants et gouvernés qui, s’il continue d’être alimenté, peut conduire à l’implosion » du projet européen, a-t-il mis en garde.
« Le projet européen semble avoir perdu de sa force motrice et est dans une phase critique », a jugé le président du Conseil italien. « Les citoyens demandent à être entendus », a-t-il affirmé avant d’appeler à « la solidarité et la cohésion entre les États membres ».
« Il nous faut une vision politique de l’Union européenne. Ce qu’il manque, c’est un élan comme celui qui avait été insufflé après la guerre. La construction européenne s’en est tenue à une perspective économique », a-t-il ajouté.
Le discours de Giuseppe Conte était d’autant plus attendu sur le plan économique que Rome et Bruxelles se sont violemment affrontées à l’automne 2018 sur la question du budget italien. Pour la première fois dans l’histoire de l’UE, la Commission européenne avait rejeté la version initiale du budget avant d’adopter une version retoquée fin décembre.
Bruxelles a par ailleurs a estimé lundi que l’Italie était entrée en récession.
« Les efforts structurels ne doivent pas devenir un travail de Sisyphe » pour les États, a plaidé le Premier ministre italien, défendant un budget qui doit « redonner un dynamisme à l’économie italienne ». Surmonter l’austérité signifie « trouver un équilibre entre croissance et stabilité », a-t-il dit avant d’appeler à davantage de solidarité sociale et de développement durable.
Sur un autre dossier particulièrement sensible, celui des migrations – un point de friction majeur entre Paris et Rome – Giuseppe Conte a déclaré: « C’est grâce à l’Italie que cette question a été mise au cœur des débats de l’Europe ».
« L’Italie est favorable qu’on fasse de la Méditerranée une question centrale de l’avenir de l’Europe », a-t-il ajouté, avant d’appeler à investir pour aider l’Afrique à se développer et à réduire l’immigration illégale.
M. Conte a également évoqué la nécessité, selon lui, de disposer pour l’UE d’un siège commun au Conseil de sécurité de l’ONU, la consolidation des relations avec les États-Unis et le dialogue avec la Russie et la Chine, ainsi que la création d’une véritable défense européenne commune. « On n’arrivera à rien à privilégier l’isolation », a-t-il dit.
Lors du débat long et âpre qui a suivi son discours, le Premier ministre italien a été vivement pris à parti par les eurodéputés. Le Président du Parlement européen l’Italien Antonio Tajani a d’ailleurs été contraint à plusieurs reprises à des rappels à l’ordre.
« Votre gouvernement n’est pas tourné vers l’avenir et vers les réformes ! », a notamment lancé le chef du Parti populaire européen (droite), l’Allemand Manfred Weber, à Giuseppe Conte.
De son côté, le Belge Guy Verhofstadt, qui préside le groupe parlementaire Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe, n’a pas hésité à le taxer de « pantin de Matteo Salvini ».
Des eurodéputés ont d’autre part accusé l’Italie de « laisser mourir des enfants au milieu de la Méditerranée ».
M. Conte a par ailleurs été vivement critiqué quant à l’escalade verbale entre Rome et Paris qui a tourné la semaine dernière à la crise diplomatique avec le rappel par la France de son ambassadeur en Italie.
« Cela sert à quoi ! », s’est insurgé l’eurodéputé allemand socialiste Udo Bullmann. « C’est une situation perdant-perdant », a-t-il déploré. « M. Salvini a un bouc-émissaire pour tout le monde, et aucune solution ! », a-t-il asséné. Fin

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