ACTUALITES FUZHOU, 10 avril 2019 (Youpost – Xinhua) — A Jianyang, dans la province chinoise du Fujian, une société « Route de Yohen » regroupe quatre céramistes de trois pays : le Français Jean Girel, le Japonais Soukichi Nagae, le Taïwanais Lee Chun-Ho et le Chinois Chen Xu, originaire de Jianyang. Les quatre interprètent leur propre conviction esthétique à la recherche de la reproduction de Yohen.
Le mot Yohen en japonais évoque « le scintillement dans le ciel d’une nuit étoilée » pour décrire les dessins rares sur les bols Jian. Il n’existe que trois bols et demi Yohen dans le monde actuellement. Trois exemplaires complets sont précieusement conservés dans trois musées japonais et classés trésors nationaux par le gouvernement japonais, et un demi bol a été mis au jour en 2009 à proximité du palais impérial des Song du Sud, dans l’arrondissement de Shangcheng de la ville chinoise de Hangzhou.
Jean Girel, âgé de 71 ans, a eu le choc de découvrir des bols Jian de la dynastie Song (960 — 1279) au musée Guimet à Paris en 1975. Il a alors abandonné sa carrière de professeur d’art et de peintre pour essayer de reproduire ces bols.
« J’ai découvert ensuite un bol Jian dit « Yohen ». Ce bol était en fait noir, mais c’est le noir qui est capable de créer toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Ce bol, c’était comme l’univers, le firmament, ou toutes les étoiles. Ce bol représente le ciel, en fait. Ce qui m’a fasciné dans cette céramique Song, c’est cet art très pur, très dépouillé. Quand on tient un bol dans ses mains, il exprime la beauté de l’univers », déclare-t-il.
La cuisson du bol Jian a été suspendue en Chine pendant plus de 600 ans depuis le XIVe siècle en raison des changements des modes de consommation du thé. C’est en 1979 que la Chine a décidé de se remettre à étudier la cuisson des bols Jian. Ils restent à l’honneur au Japon, où on les nomme « temmoku » et où leur usage est toujours de mise aujourd’hui pour la cérémonie du thé « matcha ».
Après avoir recherché en vain des expériences de reproduction des bols Jian, et notamment du Yohen, Jean Girel a décidé de se lancer lui-même dans cette quête. « C’est à l’île de la Réunion, en travaillant avec les volcanologues sur les coulées de lave et leur refroidissement que la nature, plutôt que les livres, me suggéra une solution. La lave que je voyais couler se parait de teintes chaudes ou grises en refroidissant, mais pouvait devenir entièrement irisée sous l’orage ou en pénétrant incandescente dans la mer.
Il utilise des matières premières naturelles qu’il trouve dans le sol et des méthodes de cuisson identiques à celles de l’époque Song. Le four qu’il utilise est le 19e qu’il a conçu et construit pour son usage personnel. Il travaille jour et nuit en innovant sans cesse pour comprendre la cuisson et la manière d’obtenir les couleurs.
Après des années d’étude et d’observation, il a soumis l’hypothèse que l’origine des « constellations » était le fait d’impacts de cendres à haute température sur des bols contenus dans des gazettes sans couvercle. Il a reconstruit un four à bois dans le seul but d’expérimenter divers dépôts de cendres en espérant un jour obtenir des ronds nets entourés de halos.
Soukichi Nagae est issu d’une famille de céramistes possédant 300 ans d’histoire, portant de génération en génération le shumei (littéralement « succession de nom ») de « Soukichi », un caractère chinois utilisé sous la dynastie Tang (618-907) signifiant « l’ensemble des choses du monde ». Il est « Soukichi le neuvième ».
Cela fait 72 ans que M. Nagae et son père tentent de reproduire les Yohen Tenmoku. En 1947, le père de M. Nagae, Soukichi le huitième, âgé alors de 18 ans, a décidé de faire de la reproduction des Yohen Tenmoku le but de sa vie après avoir vu un trésor national Yohen Tenmoku exposé au musée national de Kyoto. En 1995, quand son père est décédé, M. Nagae était déterminé à poursuivre le travail de celui-ci.
Il soutient l’hypothèse de son père, expliquant que ce sont des substances acides qui ont donné les brillants dessins Yohen. « J’utilise les mêmes matériaux et les mêmes méthodes que sous la dynastie Song. Nous avons quasiment obtenu l’effet des Yohen, seulement le niveau n’est pas encore à la hauteur de celui de la dynastie Song », déclare M. Nagae.
« Mon travail est double : reproduire les Yohen Tenmoku et créer mes propres oeuvres avec la méthode basée sur la technologie de cette reproduction », indique M. Nagae.
Lee Chun-Ho, un céramiste taïwanais de 63 ans, a introduit la pensé taoïste, du Qigong et de Yijing dans la production des tasses de thé à forme irrégulière mais très équilibrée. Les taches arrondies colorées sur le fond de ses tasses Taiji en spirale ressemblent beaucoup à une galaxie spirale.
« Nous suivons tous la route de Yohen. Je suis à l’aise. Je vais tenter la reproduction du Yohen après avoir obtenu un état stable de ces taches arrondies », note Lee Chun-Ho.
« La pensée taoïste est merveilleuse. J’applique le Qigong à la boxe Taiji et j’utilise tout le corps dans le tournassage. La culture chinoise est très riche, on devrait l’appliquer dans tous les domaines de la vie au lieu de se contenter de lire des livres. Dans le livre Zhuangzi, l’histoire du boucher Ting a inspiré beaucoup de peintres chinois, qui font plus attention à l’esprit qu’à la technique, vu que les techniques sont des conditions préalables déjà acquises. »
« J’espère utiliser mes tasses de thé pour montrer le Dao, qui est la règle et le principe. Tout le processus, à partir de la recette des terres jusqu’à la finition, est uniquement le fruit de mes efforts, ce qui me paraît complet », indique-t-il.
Chen Xu est un céramiste de 35 ans, originaire de Jianyang. Ces dernières années, un grand nombre de jeunes de Jianyang se mettent par passion à la production des bols Jian, comme lui.
Malgré seulement six ans d’expérience, ses oeuvres sont déjà entrées dans la collection de plusieurs musées. « Le Yohen est le meilleur des bols Jian. C’est le rêve de tous les céramistes qui réalisent des bols Jian. Mais le contexte de sa création dans le temps ne peut pas être tout à fait restauré. Ma recherche sur le Yohen est plutôt une recherche de cet esprit esthétique extrême de la beauté, l’esprit d’artisanat. Tant mieux si l’on peut réaliser le Yohen, mais l’art est une innovation. Le temps évolue toujours, ce que je veux faire est quelque chose qui soit représentatif de moi-même », déclare Chen Xu.
« En raison de son charme incroyable, un simple bol Jian peut réunir des céramistes de trois pays. Cela prouve la force de la culture. La Route de Yohen consiste à effectuer un échange culturel concret, en transmettant la culture traditionnelle chinoise et en la diffusant dans le monde entier », explique Chen Xu. Fin

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